Resonance: A Plague Tale Legacy déchaîne ses fléaux à une tout autre échelle dans la Grèce antique
La saga indépendante qui avait impressionné le monde entier à ses débuts revient avec une approche différente.
Certaines sagas naissent sans faire de bruit dans le monde indépendant et finissent par devenir de véritables géants qui attirent tous les regards du secteur du jeu vidéo. Ces cas restent rares, mais ils se multiplient, preuve que le secteur regorge d’idées passionnantes capables d’aller très loin. C’est précisément ce qui s’est produit avec Asobo Studio, qui s’est fait connaître avec A Plague Tale: Innocence, un jeu ancré dans la France médiévale à l’époque de la peste noire, où l’on suit le frère et la sœur Hugo et Amicia dans leur périple pour survivre à l’invasion des rats et aux autres dangers d’une époque où l’Inquisition faisait la loi.
Le succès du jeu fut retentissant, ce qui a incité ses créateurs à se lancer dans une suite plus ambitieuse à tous les égards, aussi bien en ampleur qu’en idées de gameplay et en puissance graphique. A Plague Tale: Requiem a apporté la continuité dont la franchise avait besoin pour devenir une saga de renom, mais a aussi révélé un certain essoufflement des mécaniques, qui commençaient à pâtir de ce schéma du jeune compagnon dépendant en permanence de l’aide d’un adulte. C’est pourquoi le studio a décidé de faire prendre un virage radical à la saga avec l’arrivée de ce troisième volet, qui change complètement de cadre et de protagonistes.
Resonance: A Plague Tale Legacy est une histoire qui fait le lien avec les aventures d’Hugo et d’Amicia, mais qui se déroule bien avant leur périple, aux côtés d’une autre protagoniste, Sophia, déjà apparue dans le deuxième volet de la saga. Ce troisième épisode nous emmène sur l’île de Crète et confronte les joueurs à un danger d’une tout autre nature, susceptible d’apporter des réponses à bon nombre des questions restées en suspens dans les opus précédents. Une nouvelle façon d’aborder la peste dans la Grèce antique, une bouffée d’air frais censée redynamiser l’une des sagas les plus singulières du marché.
Le passage d’un décor médiéval français au cadre ensoleillé et mythologique de la Grèce antique est l’une des idées les plus intéressantes du studio. Laisser derrière soi les chemins boueux de la Gaule et les cryptes sombres de l’Inquisition pour s’enfoncer dans les ruines baignées de soleil de la mer Égée est une véritable déclaration d’intentions de la part d’Asobo Studio. Cette fois-ci, Sophia occupe le devant de la scène et fait basculer le ton de l’œuvre vers une odyssée peuplée de pirates, de contrebandiers et de secrets archéologiques, qui puise directement dans le cinéma d’aventure le plus classique sans jamais rien perdre de la tension et du danger qui font la marque de la série. L’île de Crète et ses environs deviennent ainsi un immense terrain de jeu où la verticalité des falaises, la grandeur des temples minoens et la rudesse des campements de hors-la-loi mettent le joueur au défi d’explorer chaque recoin avec une liberté de mouvement jamais vue dans la saga.
Cette évolution de l’ADN du titre a également un impact direct sur les mécaniques de survie et sur la manière d’interagir avec l’environnement. Là où Amicia comptait sur sa ruse, une infiltration sans faille et son inséparable fronde pour sortir vivante de situations désespérées, Sophia est une femme aguerrie par mille batailles en mer, rompue au corps-à-corps et dotée d’un caractère bien plus cynique, direct et déterminé. L’épée et l’usage tactique du grappin confèrent aux affrontements un dynamisme et une agressivité qui rompent avec la passivité des titres précédents.
La plus grande réussite de ce changement géographique et temporel réside cependant dans la façon dont Asobo Studio est parvenu à entrelacer la mythologie classique et le lore préexistant de la Prima Macula et des fléaux. Loin d’abandonner les éléments surnaturels qui ont fait la renommée de la saga, Resonance: A Plague Tale Legacy les fait passer à une tout autre échelle, en suggérant que les anciennes malédictions helléniques, les cultes à mystères et les légendes de labyrinthes et de monstres entretiennent un lien direct et primordial avec les horreurs biologiques qui ont ravagé l’Europe des siècles plus tard. Les visions de Sophia et la mystérieuse dualité temporelle qui la lie à des figures mythiques telles que Thésée lui-même apportent une grande profondeur narrative et obligent le joueur à s’interroger sur la frontière entre l’histoire officielle et la sombre vérité mythique enfouie sous les fondations de la civilisation occidentale.
Sur le plan audiovisuel, le jeu exploite au maximum les capacités techniques des machines actuelles. La palette de couleurs passe des tons gris, ocres et ternes de l’Europe féodale à une explosion de bleus méditerranéens intenses, de blancs éblouissants de pierre calcaire et de dorés crépusculaires filtrés par des colonnes millénaires. Pourtant, tout en conservant l’essence de la saga, le jeu fait soudain basculer la beauté d’un paysage baigné de soleil dans un cauchemar claustrophobe, rappelant que les fléaux de l’Antiquité ne connaissent ni époque ni frontière.
Resonance: A Plague Tale Legacy prouve avec brio qu’une franchise appréciée peut évoluer, mûrir et prendre des risques sans perdre son identité fondamentale. En troquant la boue contre le sable et l’innocence enfantine contre la ténacité de pirate de Sophia, l’équipe de développement a ouvert en grand les portes de la mythologie et du mystère. Les fans de la première heure comme les nouveaux aventuriers y trouveront une expérience équilibrée, stimulante et visuellement époustouflante, qui devrait laisser une empreinte indélébile dans la mémoire collective du secteur et asseoir Asobo Studio parmi les studios les plus audacieux et les plus talentueux du paysage actuel.